Flag_english

La jade… Pounamu en maori. Utilisée depuis toujours par les tribus de Nouvelle-Zélande, la pierre de jade à une place primordiale dans la culture des peuples maoris. Croyances, divinité, protection, commerce, outils ou armes, le pounamu est omniprésent dans le pays du long nuage blanc.

Provenant des entrailles de la terre, la jade remonte en surface grâce aux mouvements de la croute terrestre. On la retrouve principalement dans les rivières de l’île du sud de Nouvelle-Zélande. Sa composition la rend plus légère dans l’eau, et de fait, les pierres sont rejetées sur les rives des cours d’eau par le courant. Principalement de couleur verte, mais parfois plus noire, bleue ou même blanche, c’est une pierre difficile à trouver, et très lourde une fois sortie de l’eau. Devenir un chercheur de jade et savoir exactement ce que l’on cherche lorsqu’on promène ses yeux sur les bords des rivières ne s’improvise pas et requiert du temps et de l’expérience. A Hokitika, capitale de la jade en Nouvelle-Zélande, nous avons eu l’occasion de rencontrer Steve Gwaliasi du studio Bonz’n’Stonz, un des maîtres tailleurs, qui a partagé un bout de son savoir avec nous…

La jade et les maoris

Lorsque les maoris ont découvert la jade dans la rivières de Nouvelle-Zélande, ils l’ont très vite adopté comme un taonga (un trésor), et l’utilisent depuis toujours pour en faire des outils, des armes ou des bijoux. Ils utilisaient à l’époque du grès ou du grauwacke pour tailler la jade. Ils l’ont ensuite utilisée pour faire du commerce avec les tribus de l’île du nord et les autres peuplades des îles d’Océanie, comme les Samoa, les Vanuatu ou les Fidji.
A cette époque, les tribus vivaient l’été sur la côte ouest et l’hiver sur la côte est. Il y avait uniquement 2 chemins au travers des montagnes pour passer d’une côte à l’autre en suivant les rivières coulant dans les vallées. Ils pouvaient ainsi transporter le jade avec eux à l’aide de l’eau. Au fil du temps ces passages se sont développés, et sont maintenant connus sous le nom de Pounamu trail.

Wiremu Kingi, le chef de la tribu des Te Āti Awa tenant un mere (massue) de jade (peinture par Gottfried Lindauer)Pour les maoris, la jade est une pierre spirituelle. En effet, il existe un lien profond entre le peuple maori et la jade. Les maoris pensent que les esprits de leurs ancêtres se retrouvent dans les pierres de pounamu. Ils croient également qu’une partie de l’âme du porteur d’une pierre de jade, utilisée comme bijou ou comme arme, est transférée dans cette pierre. Ce dernier point augmente la valeur de la jade considérablement, car le fait d’offrir un bijou en jade à une autre personne revient à lui offrir une partie de son âme. C’est donc un cadeau représentant une relation extrêmement forte entre deux êtres.
Aussi, les maoris pensent que la première pierre de jade qu’on trouve ou achète doit être offerte à quelqu’un avant de la porter, sinon c’est un signe de malchance et mauvaise augure.

Du fait de sa grande rareté, le jade était un élément extrêmement précieux et réservé aux chefs de tribus ou membres très haut placés socialement. Plus un individu possédait de jade, plus il était haut placé dans la structure sociale.
Mais les maoris sont un peuple de guerriers, et très vites les tribus ont commencé à se battre entre elles pour récupérer ces trésors.

Aujourd’hui la principale rivière où les maoris trouvent du jade sur l’île du sud est l’Arahura River, au nord d’Hokitika la capitale du jade. Cette rivière est considérée sacrée par les maoris et seules les familles maories possédant la terre peuvent chercher du pounamu dans les rivières. On peut tout de même être invité et accompagné par un de ces maoris pour chercher de la jade en sa compagnie. Chercher de la jade par soi même est considéré comme une offense !

Selon les croyances maories, le tailleur de jade n’est pas le créateur des formes et motifs du bijou, mais que c’est la pierre elle même qui guide la tailleur afin de révéler sa véritable nature.
Une autre croyance raconte que lorsque la jade est dans la nature, revêt une couleur grise pour se confondre avec les autres pierres. Selon certains, la jade renferme en elle la beauté féminine et ses secrets. Mise à nue lors de la taille, elle révèle alors sa beauté verte.

Steve Gwaliasi & Bonz’n’Stonz

L'atelier de Steve, Bonz'n'StonzEn 1990 le gouvernement néo-zélandais à commencé à prendre conscience du potentiel de l’industrie du tourisme, et a développé des formations rémunérées afin d’encourager les locaux à se lancer dans le tourisme. Steve a suivi l’une de ces formation durant 10 semaines pour devenir tailleur de jade. Il a ensuite travaillé pour une grosse usine de taille de jade à Hokitika pendant plusieurs années pour perfectionner son savoir,  puis a commencé son petit atelier à la maison pour lui même. C’est à partir de ce moment que ses amis, puis des amis d’amis, lui on demandé des bijoux. Il a alors commencé à faire des extra depuis chez lui, jusqu’au jour où il a quitté l’usine pour rejoindre la Hokitika Crafting Gallery composée de plusieurs artistes. Il en devint l’un des 20 membres permanent durant 5 ans.
Quelques années plus tard, lorsque les backpackers se sont développés, il a mené une enquête auprès 100 touristes : 60% souhaitaient tenter l’expérience la taille de jade eux même. C’est donc 10 ans après sa formation, en 2000, qu’il ouvrit son premier atelier de taille dans le centre d’Hokitika. A l’époque il n’avait pas de boutique, il ne faisait que des cours de taille de jade. Ce n’est qu’en 2005 qu’il a ouvert sa boutique actuelle avec un atelier plus grand, et une boutique pour y vendre ses créations et celles d’artistes locaux. Bonz’n’Stonz est aujourd’hui LA bonne adresse pour s’initier à la taille de jade personnalisée.

L’industrie du jade est en pleine essor, des milliers de touristes viennent du monde entier acheter des bijoux en jade. Il faut protéger les ressources locales de jade gérées par les maoris, et contrôler l’importation de pierres. Les maoris et acteurs de cet industrie font donc face à une nouvelle problématique pour leur avenir : comment se protéger de la sur-exploitation tout en ayant suffisamment de jade pour fournir l’industrie du tourisme ?

La jade, de la rivière au bijou

Quentin, paré pour sa première taile de jade (Photo par Mariette)Mariette, parée pour sa taille de jade !Le studio Bonz’n’Stonz propose à tous de venir dans son atelier pour tailler sa propre pierre de jade sous les bons conseils de Steve.
Comment cela se passe t il exactement ? Comment la pierre, sortie de la rivière, se transforme en bijou ?
Nous avons eu la chance de vivre cette expérience, et de découvrir tout le procédé.
Suivez les étapes, on vous explique :

1- Le choix de la pierre et du motif

Choisir son motif, puis découper un patron qui sera reporté sur la pierre choisie. Le prix de la pierre varie en fonction de la qualité de la jade. Il existe de nombreuses variétés de pounamu, la plus prisée étant celle d’un vert parfait et translucide. Attention néanmoins, tous les pounamu ne sont pas du jade, mais tous offrent des qualités esthétiques intéressantes.

 2- La découpe et le dégrossi

Dans la jade choisie, on utilise des lames ou forets diamantés pour découper la forme globale du bijou. La pierre est ensuite passée sur un disque lapidaire pour dégrossir la forme du bijou.

3- Sculpture du motif

La partie la plus fun ! A l’aide de petites fraises diamantées, on taille le motif que l’on a reporté sur la pierre à l’aide du patron. Plus le motif est complexe plus cet étape sera longue car la jade est une pierre très dure. Il faut donc de la précision et de la patience !

4- Le polissage et l’avivage

Dans cette étape on utilise du papier diamanté afin de d’adoucir l’aspect rugueux de la pierre. Ensuite, la jade est passée sur une polisseuse puis sur une brosse couverte de pâte à polir afin de lui donner son aspect brillant final.

5- Les finitions

Une fois la jade polie et avivée, on la brosse avec de l’huile puis on lui attache sa cordelette dans le cas d’un pendentif.

 

Avec Steve Gwaliasi de Bonz'n'Stonz

Avec Steve Gwaliasi de Bonz’n’Stonz


Infos pratiques :

Tailler sa propre pierre de jade

  • Studio Bonz’n’Stonz à Hokitika
  • Temps requis pour une taille :
    Jade : 5 – 6 heures
    Bone or Shell : 3 – 4 heures
  • Prix :
    Jade : à partir de NZ $180
    Bone : à partir de $95
    Shell : à partir de $85
    Le prix peut varier en fonction du design choisi et de la qualité de pierre de jade souhaitée. A voir avec Steve avant le début de la taille.
  • Ouvertures
    En été
    : 1er Nov – 31 Mars : 8:00-17:00 Lundi-Samedi
    En hiver
    : Avril – Octobre : 9:00-17:00 Lundi-Samedi
  • Bonz‘n’Stonz
    16 Hamilton St.okitika
    Hokitika
  • Studio/Gallery Phone: 03 755 6504
    Freephone:   0800 214 949
    Email: bonznstonz@clear.net.nz
    www.bonz-n-stonz.com

En apprendre plus sur la culture maorie :


 

Cet article comporte 8 commentaires
  1. Pour Mariette elle était un peu dans son élément .Je reconnais que c’est très beau
    J’ai un faible pour la pierre longue et plus verte c’est bien les enfants continuez
    Comme ça bises

  2. Quel beau dimanche je passe en votre compagnie avec ce superbe reportage dont vous me faites profiter .
    Ceci dit les deux pendentifs sont très reussis .bravo
    Grosses bises à vous deux .

  3. alors on dit le ou la jade??? (ou bien je n’ai pas comris la subtilité du changement de sexe!)

    en tout vous êtes beuax en tenue de travail, mais pour le polissage vouv vous êtes faits les ongles en même temps?

    bises

  4. Quelle belle pierre que la jade (moi, je la mets au féminin…) ! En tous cas, joli travail et quel bon cela a dû être de créer ces beaux objets, et merci de nous faire partager cette culture Maori.
    Pleins de bisous bretons ensoleillés..

  5. BRAVO BRAVO les artistes attention aux doigts mais quel bonheur Mariette de réalisé ce bijoux fort jolie.J’ai bien lu cette pierre est plus légère que l’eau! ! ! ! !
    Gentils fou prenez soins de vous

  6. Avec un peu de retard je prends connaissance de vos exploits de joaillerie! Mariette a dû doublement apprécier cet intermède ; dommage que cela soit si loin..Je me serais bien lancé..Merci aussi pour la culture maori bien peu connue et bravo pour vos pérégrinations qui font rêver!que de souvenirs intéressants et de rencontres. Vous pourrez bientôt écrire un livre…
    Bises franciliennes

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Rechercher