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Eh bien voilà. Nos pérégrinations jusqu’à la source du Mékong sont bien terminées, mais le voyage, lui, ne fait que commencer !
Le Mékong, dégringolant depuis la source sacrée de Zaxiqiwa, s’engouffre bientôt sur les terres du grand Tibet. Vos deux aventuriers préférés, n’ayant pas le permis spécial qui prodiguerait le sésame de cette contrée sévèrement réglementée, vont être contraints d’en contourner les frontières par le Sichuan, pour retrouver le cours du fleuve plus tard, à Deqên au Yunnan. Ce petit détour de plusieurs milliers de kilomètres ne nous importune finalement pas plus que cela. En effet le Sichuan est réputé pour ses saveurs et bons petits plats, mais également pour la beauté de ses paysages. Alors, prêts à nous suivre ?

Retrouvailles avec la civilisation : Yushu

Quitter Zadoi n’est pas aussi aisé que l’on aurait pu l’imaginer. Premièrement, après cette expédition à la source de Zaxiqiwa aux confins de l’Himalaya, et alors que nos corps se sont enfin adaptés à l’altitude, nous n’avons pas vraiment envie de quitter les lieux, mais plutôt de retourner explorer les montagnes. Deuxièmement, le bus au départ quotidien de 9h est plein à craquer ! Nous voilà donc contraint de prendre le « taxi collectif »… Une première expérience ! Différent du minibus, le taxi collectif se veut « luxe ». Mais le chauffeur ne partira pas avant d’avoir rempli sont tacot ! 40mn plus tard, nous voilà en route. Partir est une chose, arriver vivant en est une autre : le bougre de chauffeur est un danger public qui compte visiblement plus sur l’action de ses prières bouddhistes que sur le code de la route pour le sauver des accidents mortels. Environ 3h plus tard pour 200km à parcourir, et par miracle (merci Bouddha), nous arrivons vivants à Yushu (prononcez Youchou).

Yushu, sa mosquée et son monastère bouddhiste tibétain

Yushu, sa mosquée et son monastère bouddhiste tibétain

Yushu, rasée en 2010 par un tremblement de terre, est aujourd’hui une cité neuve. En 5 ans tout a été reconstruit ! Et étonnamment on ne voit aucun de ces horribles immeubles laids comme tout, qui poussent à-tout-va en Chine. Ici, on construit avec goût, mélangeant modernité et styles traditionnels. On sent même que certains architectes s’en sont donné à cœur joie : on trouve des bâtiments modernes, d’autres, sans que l’on comprenne pourquoi, nous font penser au Mexique ou au Maghreb. Bien que la ville soit principalement peuplée de tibétains, arriver à Yushu c’est aussi renouer avec le monde des musulmans. Une mosquée se dresse sur les bords de la rivière qui traverse le centre-ville, alors que trône au loin dans les montagnes un grand monastère bouddhiste. Le quartier musulman, lui, est un gigantesque souk. Cosmopolite, bruyant, odorant. Véritable bordel propre à l’Asie que nous adorons. Le soir, les rues s’illuminent de néons et nous projettent dans une ambiance de Las Vegas. Nous ne tardons néanmoins pas à remarquer que nombre de bâtiments ne sont que des façades derrière lesquelles rien n’est encore installé. Ce que nous avons vu de Yushu nous fait prédire que cette ville pourrait devenir d’ici 1 à 2 ans un des fleurons du tourisme au Qinghai.

Boucherie père et fils, viande de Yack au marché de Yushu

Boucherie père et fils, viande de Yack au marché de Yushu

Retour dans les montagnes, en route vers le Sichuan

Depuis Yushu, 815km nous séparent de Garzê (Prononcez Gän-Tseu), prochaine ville étape sur notre parcours vers Emeishan (Prononcez Omeu-Sän). Nous nous lançons dans une nouvelle expérience : le stop en Chine. La petite route, qui permet de passer du Qinghai au Sichuan, remonte vers des cols à 4700m d’altitude et traverse des steppes désertiques. Contre toute attente, nous découvrons vite qu’il n’y a nul besoin de lever le pouce. Nous sortons de l’agglomération à pieds pour éviter les mini bus et les taxis qui nous collent aux basques et à peine marchons nous dans la campagne que les voitures s’arrêtent sans même qu’on ai demandé quoi que ce soit. C’est ainsi que nous roulerons environ 300km le premier jour ! Le stop en Chine est une expérience sympathique : nous ne comprenons pas nos chauffeurs (et inversement) mais nous pratiquons notre Chinois et enchainons les fous rires.

Nous pensions pouvoir passer notre première nuit dans un des monastères qui jalonnent la route, mais un jeune moine coupe court à nos illusions… Ce soir, ce sera tente sous la pluie au beau milieu de la steppe. Au final, en 3 jours ne marcherons que 60km. Mais quels beaux kilomètres ! Nous sommes passés à travers de belles vallées peuplées de yacks, des prairies bleues de myosotis ou encore parsemés d’edelweiss qui poussent ici comme du chiendent, et tout cela avec de superbes vues sur une chaîne de montagne enneigée aux glaciers miroitants. Seule partie navrante : la traversée des steppes à pieds, où rien ne vient divertir l’œil et où, sans repères, nous avons le sentiment de faire du sur-place. Parfaitement décourageant !

Les vallées entre le Qinghai et le Sichuan, un petit air de Tintin au Tibet non ?

Les vallées entre le Qinghai et le Sichuan, un petit air de Tintin au Tibet non ?

Au bout de notre petite route montagnarde, nous passons par Manigango. Sublime petit village planté aux pieds des montagnes. Les rues aux façades de bois magnifiquement ouvragées et peintes de vives couleurs nous font tomber sous leur charme. Les gens y sont accueillants et souriants. Nous avons bien envie de rester là, mais alors que nous cherchons un petit coin d’herbe molle pour installer notre logis portatif, un 4×4 s’arrête et un moine hilare nous fait signe de monter. Un petit homme au grand chapeau, collier en or et pétard à la ceinture apparait de l’autre côté du véhicule. Il va à Garzê. Nous ne pouvons pas décemment refuser une telle proposition, surtout venant de quelqu’un qui trimbale un .357 Magnum ! C’est ainsi que nous repartons pour 150km en une belle fin d’après-midi.

Soudain, au détour d’un virage c’est le coup de foudre ! Une somptueuse vallée en fleurs, au fond de laquelle coule une jolie rivière, se dévoile. Ce paysage, qui rime avec douceur et délicatesse, est encadré par la beauté rude et sauvage de montagnes noires et déchiquetées. Cette violence est tempérée par un peu de neige venue saupoudrer les pics les plus aiguisés. Bientôt nous apercevons des cultures et la route se borde d’arbres. Leur vue nous émerveille, cette nature prolifique qui contraste tant avec l’herbe rase de steppes, nous enchante. Qu’il est agréable de rouler ainsi à l’ombre des feuilles ! Mais le plus extraordinaire ce sont les villages : de belles maisons aux murs de torchis et aux façades de rondins de bois amoureusement peintes et entretenues.

La magnifique vallée entre Garzê et Manigango

La magnifique vallée entre Garzê et Manigango

Garzê

Garzê nous conquiert dès l’instant où nous posons le pied dans ses ruelles poussiéreuses et chaotiques. Nous retrouvons ici une architecture mêlant le style tibétain de Manigango et celui des habitations que nous avons vues dans la vallée. Les rues forment un gigantesque bazar où camelots et clients vont et viennent dans un joyeux bordel. Bouillon de vie rythmé à coups de klaxon, la ville déborde d’énergie.

Le quartier des ébénistes de Garzê, certainement la plus belle rue de la ville

Le quartier des ébénistes de Garzê, certainement la plus belle rue de la ville

De nombreux petits restaurants ouverts sur la rue emplissent nos narines d’odeurs alléchantes. Nous nous mêlons alors aux nombreux moines descendus du grand monastère voisin et nous installons dans un boui-boui où nous goûtons notre première soupe de raviolis à la Sichuanaise. Un régal ! Avis aux amateurs d’épices… Alors que nous devions y rester 1 nuit pour mieux repartir, nous décidons de nous y arrêter quelques jours afin de nous imprégner de la merveilleuse ambiance de la ville et de ses délicates saveurs. Nous en profiterons pour aller faire un tour à pieds dans la vallée, visiter un superbe temple, où des moines nous inviteront à boire le thé au beurre de yack dans les quartiers privés sous la charpente de bois, et nous terminerons par la visite d’un second temple en restauration dans la cour duquel se dresse un stupa aux proportions démesurées.

Les rues de Garzê

Les rues de Garzê

Garzê nous laissera un excellent souvenir. Un seul mot : Foncez !!! Avant que les touristes n’arrivent.

Vers Emeishan

Une nouvelle fois, nous quittons la civilisation à pieds et repartons pour 900km en stop ! Le premier jour, nous parcourons aisément 150km à travers les superbes paysages de la région. Hélas, après une coquette nuit de camping sur les rives d’un joli fleuve, nous devons changer nos plans. Mariette souffre le martyre (si si, assure-elle). Il y a quelques jours, et de manière fort stupide, elle s’est entaillé la plante du pied. Afin de ne pas ensanglanter sa précieuse chaussure, elle a collé avec application, sur la dite blessure, un joli pansement. Mais ce goujat déclencha une splendide réaction épidermique qui s’est maintenant transformée en une vilaine éruption cutanée, empirant de jour en jour. Quentin est alors muté au bureau des plaintes et essuie l’humeur massacrante de l’éclopée. Impossible de marcher plus loin sans douleur. Pour ne rien améliorer, les chauffeurs passant par-là ne semblent pas enclins à ramasser 2 auto-stoppeurs crottés et trempés par la pluie qui égaie notre journée…

Les sinistres pics qui encadrent la charmante vallée de Garzê

Les sinistres pics qui encadrent la charmante vallée de Garzê

Après 3 heures passées à lambiner au bord de l’asphalte, risquant nos vies à chaque poids lourd déboulant à fond d’un virage, nous nous faisons embarquer. Comble de malchance le conducteur joue encore avec la mort. Complètement renversé du bocal, ce chauffard nous fait une conduite à la chinoise version Schumacher sous une pluie battante. Il nous déposera environ 200km plus loin dans un bled inconnu au bataillon. Nous nous ruons sur le premier mini bus et tentons d’échapper à cette zone maudite. Mais comme nous sommes toujours dans la journée des malheurs, le minibus, qui tournera une heure avant de quitter les lieux, ne se rend pas à Emeishan. Nous devons nous rendre dans une nouvelle ville, qui n’apparait pas sur notre carte, d’où nous pourrons prendre un bus vers notre destination. Ce micmac d’à peine 500km prendra 2 jours. Vive les transports publics chinois (toujours en colère contre la SNCF ou la RATP ?). À Emeishan nous devrions pouvoir trouver un médecin pour le bobo de Madame et en profiter pour faire un peu de tourisme dans quelques parcs classés à l’UNESCO qui se trouvent autour de la ville !

A bientôt !

M. & Mme Shoes

Cet article comporte 7 commentaires
  1. Ma photo préféré ((tintin au tibet))La citerne d’eau perchée pour avoir l’eau par gravité en bas CHAPEAU.
    Merci pour les nouvelles du pied de Mariette.Je supose que vous avez vu un vrai medecin ? ? ?
    Vos photos en grand directe pas pour chez moi .Ils sont mieux quand ils arrivent petites et que l’ordi les agrandies.
    Gentils fous prenez soins de vous

  2. Encore un récit extraordinaire vous êtes doués pour cela les photos également on reconnaît bien le style Tibétain toutes ces belles couleurs vives il se trouve que je viens de voir un reportage sur le Mékong les dames âgées fabriquant des bonnets superbes Les temples génial tout cela me ravie que Mariette soigne son pieds on ne marche pas sans pompes bonne suite bisous à bientot

  3. encore un récit sympa, et de superbes photos!

    j’aime beaucoup la photo de la ruelle du petit village perdu avant Garzê, et celle des pics déchiquetés au dessus des vallées de cultures en terrasses. Celle de la cahute perdue au milieu de la vallée de Tintin au Tibet est jolie aussi!

    et j’aime bien l’abattoir du marché!

    bises

    A bientôt.

  4. Le pied de Mariette va mieux ?? Faudrait pas qu’elle grommelle indéfiniment 😛
    Garzê a vraiment l’air splendide …

    Par contre, pourquoi l’écrire Garzê si ça se prononce Gän-Tseu ?? ‘Ô__o

  5. Ah ah, excellent le coup du faux coup de fil 🙂 Comme quoi, le téléphone portable est encore un objet statutaire assez fort dans bien des pays. Le jeune simule très bien, mais son copain n’est pas contre pas très doué en la matière, j’espère que vous lui avez fait remarqué !
    Sinon, il me plaît de plus en plus votre petit parcours. Yushu, j’avais déjà repéré, par contre, Garzê, ça ne me disait rien, mais vu comme ça, c’est tout bon pour moi. Et si en plus les transports sont galère (oui, le confort, ça endort), c’est le tiercé gagnant pour moi cette histoire.

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