Après 4 journées passés dans la région des « Rings » dans le sud-ouest de l’île irlandaise, nous prenons la direction du nord en suivant la Wild Atlantic Way. Notre objectif est d’arriver jusqu’aux tréfonds de la côte déchiquetée du Connemara où nous ferons étape quelques jours. Sophie et Pascal n’y avaient pas vu grand chose lors de leur voyage 28 ans auparavant pour cause de brume intense. Alors nous comptons bien rattraper cela et profiter des paysages et des lacs du Connemara dont la beauté nous a été vantée par tous. Mais avant d’arriver jusque-là une étape s’impose dans notre journée de route : les Cliffs of Moher…
Cliffs of Moher
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Il nous faut 3 heures et demi de route et 20mn de ferry nous permettant d’enjamber un bras d’eau, évitant ainsi un large détour, pour rejoindre les célèbres falaises de Cliffs of Moher. Mais au fait, pourquoi vouloir impérativement faire étape en ce lieu précis ? Pourquoi ces falaises sont-elles ci célèbres ? Les réponses à ces deux interrogations sont simples : Sophie et Pascal en gardent un souvenir mémorable, et ces falaises ont été mises sur le devant de la scène internationale depuis qu’elles ont servies de décors pour le tournage du film Harry Potter. Les Cliffs of Moher sont aujourd’hui le lieu naturel le plus visité d’Irlande ! Rien que ça…
L’arrivée ne présage pourtant rien de bon. Un gigantesque parking bondé de véhicules et de bus de tourisme s’étale le long de la petite route. Des voiturettes de golf font des allers-retours entre ce dernier et les falaises, passant évidemment entre deux par une série de petites guitounes où il faudra s’alléger de la coquette somme de 12€ par adulte, à laquelle il faudra ajouter le coût du parking. Bon, ce n’est pas donné pour des falaises, mais si ça vaut vraiment le coup alors… Nous avançons sur un chemin bitumé au milieu de la foule pour nous approcher de l’océan et prenons la mesure de l’impressionnante formation naturelle que représentent les Cliffs of Moher : une muraille de roches noires surmontée d’une coiffe d’herbe d’un vert puissant balayée par les vents. 214 mètres plus bas s’écrase l’immensité du bleu intense de l’océan dans un chaos sonore et d’éclats d’écume blanche.
Le sentier bitumé s’étend au bord du vide permettant aux visiteurs de se promener le long de cet incroyable site naturel classé à l’UNESCO. Nous partons vers la gauche en premier. Environ 1km plus loin, le sentier redevient « naturel », et des pierres sont posées debout pour limiter les déplacements dangereux trop près du bord. Des panneaux indiquent le danger. Malgré tout, de nombreuses personnes font fi de toute raison et se mettent assis les jambes dans le vide, ou dos à l’océan à quelques centimètres du grand saut. Nous avons beau avoir l’habitude de ces comportements avec nos falaises normandes, nous sommes toujours surpris par l’inconscience de ces quidams… C’est toujours les autres qui tombent. Jusqu’au jour où c’est notre tour !

Nous ne nous attardons pas plus longtemps. La foule a raison de nous, et nous sommes d’accord pour conclure que la beauté des Kerry Cliffs vues il y a quelques jours surpasse celle des Cliffs of Moher. Nous faisons un bref tour dans le visitor center, bâtiment construit enterré dans les falaises, puis reprenons la route vers le nord. À nous le Connemara !
Le Connemara
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Nous entrons dans la région du Connemara en arrivant par Galway, porte d’entrée de la région des célèbres lacs. Nous ne faisons que la traverser pour le moment, nous reviendrons y passer du temps dans les prochains jours. Nous décidons de rejoindre Rossroe Lodge, notre point d’ancrage, en passant le long du gigantesque Lough Corrib, plus grand lac du Connemara. Nous avons repéré sur la carte IGN quelques noms qui nous inspirent et qui nous permettrons de nous approcher des rives tout en empruntant de minuscules routes.
Notre premier objectif sera Annaghkeen Castle, mais nous faisons escale à Kilbeg Pier sur la route, par pure curiosité. Le vent est déchaîné, nous entendons à peine les clapotis de l’eau sur le rivage. Alors que nous approchons de l’eau, nous réalisons que nous ne pourrons pas jouir d’une vue complète sur le lac et sa superficie de 176km carrés. Nous nous contenterons donc de ces petits rochers et arbustes soufflés par les bourrasques et des ruines du château quelques kilomètres plus loin.
Alors que nous nous rapprochons de notre destination, le paysage évolue de plus en plus. Les étendues d’herbe bombent le dos et deviennent collines. Les murets de pierres font un retour à leur état naturel minéral. L’eau est omniprésente. La voiture roule sur de minuscules routes serpentant au gré des criques. Sommes-nous dans un archipel ? D’ailleurs, actuellement sommes-nous sur une île ou sur la terre ? Difficile de se repérer. Arrivés à notre gîte, nous décidons de profiter des dernières heures du jour pour aller faire une petite balade à pieds au bout du chemin qui continue après la maison…

Sur la route dans l’est : de Galway à Cong
Pour cette seconde journée dans le Connemara, nous décidons de partir vers Galway pour y faire un petit tour, mais en passant par la route qui longe la côte sud de la région. Nous profitons de ce paysage brut avant de plonger dans le petit centre de la capitale régionale où nous ne resterons pas longtemps. Le tour, bien que sympathique en est vite fait. Notons tout de même l’impressionnante cathédrale Notre-Dame de l’Assomption et de Saint-Nicolas, bâtie en 1965, dont la nef construite de hauts murs de pierres d’un gris sombre, rappelle aux visiteurs qu’ils ne sont que simples mortels sur cette terre.
Nous retrouvons rapidement la campagne et ses terres gorgées d’eau alors que nous remontons sur la rive ouest du grand Lough Corrig vers un patelin dont le nom sur la carte nous a donné envie d’aller y faire un tour : Cong. Oui, il suffit parfois d’un nom sur une carte pour prendre le large, sans but précis. Cong. C’est rigolo non ? Ca sonne bien ! Ou bien est-ce parti d’un jeu de mot douteux sorti par Quentin ou Pascal (spécialistes tous deux en la matière) ? Quelque chose à propos d’un roi qui y habiterait et qui serait donc « King Cong » ? Peut importe, on y va ! Qu’allons-nous y trouver ? Peut importe, on verra bien.
La route vers Cong nous ramène dans la campagne. L’envie de nous arrêter faire des photos est constante. Tous les kilomètres une de nos têtes se tourne soudainement vers une des fenêtres de la voiture et lâche un petit « Wohaa ». S’alternent petites criques, loughs, et montagnes au pieds desquelles siègent de petits cottages qui vous donnent envie d’être un vieil écrivain à la retraite fumant sa pipe à la fenêtre, avec pour seule occupation que de regarder le temps passer. Les tons de verts et de marrons s’alternent et se chevauchent, créant ainsi une palette de couleur unique. Tantôt vive, tantôt sombre, parsemée de roches et vastes étendues de tourbe ou d’eau. Ici un arbre seul perce le paysage, là un troupeau de mouton ou une frêle embarcation.
Cong
Nous arrivons à Cong sans nous attendre à rien, et découvrons un charmant petit village dans lequel est implanté, bien évidemment une charmante église et son cimetière attenant, mais également une abbaye ! Cette vieille bâtisse du 13ème siècle est l’un des plus beaux exemples d’architecture ecclésiastique du moyen âge présent sur les terres irlandaises. Les premières pierres furent posées au 7ème siècle, mais les raids des différentes factions à travers le temps l’ont détruite plusieurs fois pour en laisser les ruines qu’il est possible d’admirer aujourd’hui. Nous déambulons dans le petit centre, visitons quelques magasins d’artistes ou tea shop pour une pause gourmande, puis progressons vers l’abbaye en suivant le canal qui passe là. En approchant, un petit pont de pierre nous permet de passer par dessus les eaux du canal et nous découvrons la cabane du pêcheur : une petite maisonnette de pierres édifiée au milieu de l’eau et accessible via un petit pont !
Vers l’Abbaye de Kylemore
Nous mettons à présent le cap vers l’ouest ! En repartant de Cong, nous traversons une petite chaîne de montagnes typiques du Connemara : des monts aux courbes douces érodées par le vent, couverts de pâtures aux verts changeants selon la météo du jour, des murets de pierres et de cahots rocheux. L’asphalte nous fait zigzager dans de petits vallons au fond desquelles coule bien souvent un torrent d’eau sombre. Au détour d’un virage le panorama s’ouvre et nous apercevons un loch ou un bras de mer qui ouvre un corridor liquite au milieu des éléments de roche. Nos seules rencontres sont laineuses. Des moutons semi sauvages, parfois couchés sur le bitume et peut dérangés par l’arrivée soudaine de notre auto. Ils sont on ne peut plus zen ! Pascal essaye de les approcher pour leur tirer le portrait en leur baragouinant un mélange de Français et d’Anglais « Hello I’m French ! Bouge pas ! ». Évidemment dans 100% des cas le mouton déguerpit fissa et Pascal lâche un « Raah andouille de mouton !!! ».
Après un certain temps (oui, ce n’est pas loin sur la carte, mais rappelons nous que l’on s’arrête presque tous les kilomètres pour admirer les paysages ou faire une photo…) nous débouchons sur la fameuse abbaye de Kylemore fondée en 1920 et véritable bijou du Connemara. L’abbaye à pris place dans le château de Kylemore construit en 1867 par Mitchell Henry qui acheta quatre années plus tôt Kylemore Lodge, un rendez-vous de chasse et 61km2 de terres autour. Il y ajoutera au fil des ans de nombreux équipements : un bureau de poste, une caserne de pompier, des jardins d’agréments et potagers, un mausolée pour sa femme décédée d’une dycentrie, une église, un bain turc, une turbine électrique pour alimenter le château en électricité en 1893, l’eau courante, … Il fit même déplacer la route, qui passait initialement au pieds du château, de l’autre côté du Lough Pollacappul pour « préserver la tranquillité du domaine ».
Nous nous contentons de prendre un « petit » goûter dans la boutique de l’abbaye et de l’observer depuis ce côté du lough avant de reprendre la direction de notre gîte et retrouver les paysages côtiers de la partie sud du Connemara. Evidemment, une belle journée comme celle-ci ne pouvait pas se terminer sans une bonne bière dans un petit pub purement traditionnel qui jalonnait notre itinéraire…

Les tourbières et la côte
Le matin en observant la carte afin de définir le plan de la journée nous sommes intrigués par une grande étendue de zone humide située juste derrière notre bed and breakfast. On remarque sur la carte qu’il y a un nombre impression de petits lacs et marais, et que la zone est traversée de part en part par une unique et minuscule route. Cela semble prometteur et nous permettrait de rejoindre la côte à l’ouest pour aller respirer un peu d’air marin ! Nous apprendrons par la suite que la zone est surnommée Roundstone Bog et comprenons vite pourquoi. La langue de goudron sur laquelle nous roulons est à peine plus large que la voiture, alors que de chaque côté s’étend une large plaine marécageuse. La lumière est avec nous ! Nous avançons au pas tout en cherchant des points de vue pour photographier cette étendue. Il n’est jamais simple de photographier une grande zone plate telle que celle-ci. Nous baignons dans le soleil, alors qu’au loin les montagnes sont coiffées de nuages. Le paysage est idyllique, mais il nous manque un premier plan, il nous manque de la profondeur pour réaliser de beaux clichés. Mais nous dénichons vite une petite cabane au bord d’un étang, ou un rocher qui donne un peu de relief à cette grande plaine…

Après cette traversée des tourbières, nous changeons de décor. En quelques kilomètres à peine, les grandes étendues marécageuses d’herbes jaune laissent place au bleu de l’océan venant s’écraser contre le littoral d’un vert intense. Nous faisons une première étape après avoir passé Clifden, face à une petite presque-île du nom de Ardmore. La beauté du paysage nous stoppe net. Une petite barque en premier plan, une superbe lumière, tout est parfait pour une courte balade avant de poursuivre. Nous arrivons ainsi à Anchor Beach, l’un des points les plus à l’ouest du Connemara. Ici de belles maisons aux grandes baies vitrées sont plantés face à la mer. Nous imaginons ces propriétaires prendre le café tous les matins avec une telle vue. Quelle incroyable expérience cela doit être. Mouettes et petits phoques sont nos compagnons un court instant. Le littoral est parsemé de petites criques toutes aussi belles les que les autres, appelant à la pause et à la contemplation. Parfois un vieux château fort en ruines émerge des petites collines herbeuses, témoignage du passé féodal du pays.
Après une belle boucle, nous repassons Clifden et descendons faire le tour par la côte sud de Roundstone Bog pour rentrer au bed & breakfast. Nous profitons des dernières heures de lumières de la journée pour continuer nos arrêts fréquents sur les plages qui croisent notre route, puis nous arrivons à Roundstone, petit port installé dans un bras de mer remontant dans les terres, se protégeant ainsi des humeurs parfois fâcheuses des éléments côtiers. D’ailleurs en quelques minutes le temps change, abandonnant les jolies trouées de ciel bleue pour de lourds nuages gris percés d’un arc-en-ciel. Il est temps de rentrer, la pluie ne va pas tarder…
Demain nous prendrons la route pour aller dans le Donegal, encore plus au nord.
Les Shoes

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