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Voilà deux années qu’un couple d’amis bergers nous invite à venir passer du temps avec eux dans leur estive, sur les hauts plateaux du Vercors, durant leur saison en alpage. Deux ans chargés de projets pour nous, et nous repoussons sans cesse l’invitation. Mais en cette année 2019, nous avons une bonne semaine de disponible au mois d’aout ! La décision est prise : nous passons un coup de téléphone aux copains priant pour qu’ils reçoivent notre appel là-haut, chargeons nos sac à dos et sautons dans un train vers le sud. Nous voilà en route vers la bergerie de Chamousset, perchée à 1842m en plein Vercors, à plusieurs heures de marche du premier village. Nous y passerons la semaine en compagnie de nos amis, leur 1600 brebis, 6 chiens et 2 chevaux…

Une vie de berger sur les haut-plateaux du Vercors

Bien loin des 35h dans un bureau, les journées de berger sont plutôt bien chargées. Ici on se met debout à 5h du matin, et on ne rentre pas à la bergerie avant 20h ou 21h ! 5 mois, H24, 7/7. Dès potron-minet, il faut aller chercher le troupeau dans le parc de nuit pour l’emmener vers la pâture. C’est en chemin qu’il mangera l’herbe des plateaux du Vercors. Nos amis nous expliquent : « Lorsque l’on débarque pour la première fois sur une montagne, ce sont les brebis qui nous font découvrir l’alpage, nous montrent les « biais », et puis on guide en douceur, on donne le rythme, en fonction de la pousse de l’herbe et de la météo ». Les bergers s’occupent donc de surveiller toute cette petite manœuvre, et de ramener les trainards un peu trop gourmands. Pour cela, ils sont épaulés de London, Owen et Jazz, trois Border Collie entrainés à la tâche.

Ici le temps s’écoule différemment, le quotidien n’est pas le même. Pour commencer, il n’y a aucun moyen de communication ! Sauf parfois, avec un peu de chance, quand le vent est dans le bon sens, là-haut sur la petite colline, il arrive qu’un peu de réseau téléphonique mobile arrive jusque là… La vie s’organise autour du confort rudimentaire de la bergerie composée d’un minuscule « coin cuisine », dans lequel sont entassés des tonnes de vivres qu’il faut gérer car il est n’est pas possible de se ravitailler tous les quatre matins, d’un coin salle de bain à peine plus grand que la pièce précédente, d’une chambre, et de la pièce à vivre. Cette dernière est le centre de toute la vie humaine sur l’alpage. Un feu brûlant en permanence dans le vieux poêle y répand une douce chaleur tandis que se mélange dans l’air de la pièce un mélange d’odeur de chaussettes qui sèchent et de fromages de montagne stockés sur une étagère.

La gestion de l’eau et de l’électricité nous ramène également à l’essentiel : il n’y a pas d’eau potable, ni de courant. La survie des bergers dépend d’un récupérateur d’eau de pluie qui est ensuite passée dans un filtre. On y remet ensuite des sels minéraux nécessaire à notre organisme. Quant à la précieuse électricité, c’est grâce à un panneau solaire qu’elle est générée. Lorsqu’il n’y a pas de lumière, ils vivent sur l’énergie accumulée dans leurs batteries. Il n’y a pas donc pas de frigo car trop énergivore. Et leur eau chaude est fournie par une petite machine branchée sur une bouteille de gaz. On revient à l’essentiel. Oubliez les douches chaudes tous les jours, les soirées Netflix, les SMS, coups de fils, Internet, et tout le reste ! Ah, et bien sur si quelque chose tombe en panne, n’oubliez pas : vous êtes seuls ! Démerdez-vous !

Pour nous, ce séjour est l’occasion de faire une coupure pour nous ressourcer, d’en apprendre plus sur le métier et le mode de vie de nos amis, mais aussi de photographier les premières lueurs du jour sur ces paysages de montagne plats en adoptant le rythme des bergers. Un promontoire rocheux aux allures de sommet africain nous offre une belle toile de fond, et les bergers et moutons de parfaits sujets. Au cours des déplacements, nous en apprenons un peu plus sur la gestion du troupeau et la vie de ces bêtes qui finalement se rapprochent assez bien des planches de F’Murr dans ses Génies des Aplages.

Lever de soleil sur le plateau du Vercors

Lever de soleil sur le plateau du Vercors

Bon, alors oui, les brebis… ça a son petit caractère, ça vous mène par le bout du museau, mais après avoir tondu une partie des pâtures, ça chaume. Et ça c’est chouette, parce que le berger peut lui aussi s’adonner un peu à cette pratique bien sympa ! S’pas une vie sinon, s’pas ? Mais c’est quoi donc ça chaumer ? Et bien cela consiste tout simplement à rester à l’arrêt, à l’ombre d’un pin à crochet préférablement car cela se pratique durant les heures chaudes de la journée, pour prendre le soin de bien ruminer comme il faut. En gros c’est ce que nous devrions tous faire : une bonne sieste pour bien digérer ! Les petites bêtes à laine ruminent, les bergers, eux, en profitent pour casser la croute et font aussi un petit somme ! Il faut savoir apprécier les bon côtés de la vie de berger !

Et c’est précisément pas une journée avec chaume assez loin de la bergerie de Chamousset que nous commençons notre premier jour de bergers en herbe. Une journée un peu particulière, car cette année il y a peu d’eau sur les hauts plateaux du Vercors ! Comble de malchance, l’impluvium (bassin de récupération d’eau pour le troupeau) est vide car les réparations n’ont pas été faites à temps ! C’est la crise ma bonne dame ! Solidarité oblige, nous voilà donc forcés de forcer les brebis à aller chez le berger voisin, qui accepte de partager ses précieuses réserves d’eau. Déplacer un troupeau sur une aussi grande distance demande un peu de travail avec les chiens, et de surveillance, surtout lorsqu’il faut traverser la forêt. Il ne faut pas que le troupeau se disperse, ni qu’il s’étende trop, ni qu’il aille trop vite. Alors finalement, elle est bien méritée cette chaume après quatre heures de marche à conduire tout ce petit monde à travers le plateau montagneux !

Un bon bout de fromage, quelques rondelles de saucisson et autres délices, puis on attends que ces dames soient prêtes à repartir. Mais attention ce n’est pas tous les jours comme cela. Ça, c’est quand les brebis décident d’aller manger loin, ou lorsque, cas particulier comme aujourd’hui, on doit aller chez le voisin !
Quand le troupeau ne s’éloigne pas aussi loin de la bergerie, Vercors, Mac (les deux patous) et Paf (le berger d’Anatolie) montent la garde. Ces molosses (plus gros que certaines brebis), font partie intégrante du troupeau avec qui ils passent 24h par jour. Ils ont chacun leur caractère. Le vieux Vercors est timide, Mac est un peu princesse et ne se laisse pas approcher facilement, et Paf est un peu comme un gros nounours, il aime jouer et dormir. Ils ont la réputation d’être féroces. Mais le sont-ils vraiment ? Ils sont dressés pour défendre le troupeau contre les loups ou tout autre type d’attaque. Alors forcément quand un touriste pas trop malin s’approche un peu trop ou tente de traverser le troupeau ils font leur boulot ! Car on l’ignore, mais un troupeau ça se disperse vite, très vite… Et un mouvement de panique lancé avec 1600 brebis, c’est un beau merdier ! Mais lorsqu’on respecte les codes, ils font de formidables et adorables compagnons !

Pendant ce temps, les bergers rentrent à la cabane pour bosser sur un tas de choses ! Soigner les brebis malades, préparer des repas, gérer le matériel, réparer ceci ou cela, etc… La liste des choses à faire quand on est seuls là-haut en charge d’un troupeau est looooooongue, et les occasions pour les bergers de chaumer ne sont pas si courantes. Ce serait trop beau !

Nous, on en profite pour donner un coup de patte aux amis dans leur tâches ou pour nous balader dans les environs pour photographier les paysages, les fleurs de montagne et les petites bestioles qui peuplent la nature…

Vue sur le Vercors depuis notre table à manger du jour

Vue sur le Vercors depuis notre table à manger du jour

Puis, plus ou moins en fin d’après-midi, le troupeau s’agite. Il faut rentrer au bercail ! Mais surtout il faut manger un max avant la tombée de la nuit. Et oui, les bêtes ne vont tout de même pas dormir n’importe où, alors qu’elles ont un parc de nuit sécurisé ! Alors nous reprenons le chemin dans l’autre sens et nous remarchons quatre heures à travers le plateau du Vercors. Pour préserver l’herbe et pour bien brouter sur le chemin retour, le troupeau est guidé de manière à passer par un autre parcours. Mais avant, il faut faire une pause aux salines (pierres plates sur lesquelles les bergers disposent du sel en vrac) pour que les brebis puissent obtenir les compléments nécessaires en minéraux.

Ce n’est qu’à la tombée de la nuit que l’ensemble du troupeau est installé derrière la bergerie dans le parc de nuit, fermée par des clôtures électrifiées avec les trois chiens de protection à l’intérieur. Ainsi les brebis sont un peu protégées des éventuelles attaques de loups. Ces derniers ont fait leur retour dans les alpages et il n’est pas rare de perdre des bêtes, lors des déplacements notamment, mais les bergers (ré)apprennent à travailler avec cette contrainte qui avait disparue.
Sur le chemin du retour, c’est pour nous l’occasion de saisir les manœuvres avec les jolies lumières du soir, sublimées par des nuages menaçant n’annonçant rien de bon pour la météo des prochains jours… Mais la vie de berger ne s’arrête pas quand le temps est mauvais. Elle en est même bien plus ardue, et nous en ferons l’expérience !

Retour à la bergerie en profitant du coucher de soleil après une journée sur les pâturages du Vercors

Retour à la bergerie en profitant du coucher de soleil après une journée sur les pâturages du Vercors

Bergers par tous temps, le Vercors dans le brouillard

Et oui, les bêtes, il faut s’en occuper qu’il fasse grand soleil, qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’une purée de pois étouffe les paysages. Si nous avons pu profiter allègrement de quelques jours de beau temps pour gambader avec nos amis bergers au cœur des subjuguants paysages irréels des hauts-plateaux du Vercors,  nous avons également fait l’expérience de son légendaire brouillard.
A 5h du matin, la lampe frontale s’allume alors qu’il fait encore nuit noire dehors. Nous comprenons rapidement que quelque chose cloche. Le faisceau de lumière se dessine dans l’atmosphère mais la pénombre reste toujours aussi dense. L’humidité palpable termine d’éliminer nos doutes : nous sommes pris au piège dans une épaisse couche de nuages bas. On n’y voit goutte !

Nous reviennent alors en mémoire les explications que nous avait envoyées la copine pour rejoindre la bergerie de Chamousset :  » […] Attention au brouillard, s’il s’installe, il est parfois plus prudent de planter la tente et d’attendre sur place que cela se lève, plutôt que de tomber dans un gouffre. […] « . Ah oui, les fameux gouffres… Nous avons eu l’occasion de les voir depuis ces derniers jours et nous comprenons maintenant qu’en effet, le Vercors a un côté un peu fourbe. Et quand on parle de fourberie, il ne faut pas oublier de parler de ses foutus « pièges à sabots » ! Des lapiaz (genres de larges pierres plates) couvrent une grande surface au sol et regorgent de petits trous dans lesquels se découpent des dents de roches acérées comme des couteaux de cuisine ! Déjà en plein jour, cela représente un danger pour les bêtes, mais là… Par temps de brouillard aussi épais il est facile d’y mettre le pied sans rien remarquer, et ça vous brise une patte de brebis ou de berger avant même que le reste du corps soit tombé au sol ! Voyez par vous-même avec ces clichés pris par beau temps :

Mais tout cela, les brebis n’en ont rien à faire. Pluie, vent, brouillard ou gouffres invisibles, elles ont faim et comptent bien sortir brouter les pâtures quoi qu’il arrive ! Nous voilà donc arnachés, emmitouflés et sur-équipés pour partir… Nous ne reviendrons que plusieurs heures plus tard après nous êtres perdus dans ce voile de coton gris. Impossible de retrouver la cabane, même à la boussole ! Alors, imaginez gérer 1600 bêtes si nous ne sommes pas capables de voir à 50 mètres ! Par temps de brouillard, souvent il n’y a pas de chaume. Ce jour là, on les avait rentrées au parc par sécurité et pour manger au chaud ! Quelle joie de retrouver notre chère bergerie après ces péripéties. Cette bonne chaleur du bois qui flambe dans le poêle, cette odeur de fromage conservé sous le filet dans un coin de la pièce

Il y a décidément quelque chose de magique sur ce plateau du Vercors… Et quelle que soit la météo cette région est grandiose et envoutante, que ce soit par ses Hommes, ses bêtes et ses paysages. Nous y reviendrons, c’est certain ! Surtout que maintenant on connait l’adresse et que nous serions ravis de donner à nouveau un petit coup de patte à nos amis !  😉

M. & Mme Shoes

Le berger et ses chiens en plein brouillard sur les hauts plateaux du Vercors

Le berger et ses chiens en plein brouillard sur les hauts plateaux du Vercors

Portraits du Vercors

Zoom sur les différents protagonistes de ce carnet :

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