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La Grebaje Valley est une région du Prokletije National Park situé dans le sud-ouest du Monténégro, en bordure avec l’Albanie. On y trouve une série de montagnes emblématiques comme les monts Taljanka et Volušnica ou les chaînes des Karanfili et Vezirova Brada. Paradis pour les activités d’outdoors, ce gigantesque parc national est pourtant peu fréquenté, malgré des paysages à couper le souffle, absolument magnifiques ! Une aubaine pour nous puisque le trek Peaks of the Balkans passe juste à côté…

De Plav à la Grebaje Valley

Deuxième entorse au circuit de Peaks of the Balkans. L’itinéraire normalement prévu fait passer les randonneurs par l’étape Plav – Vusanje. Étape particulièrement longue de 27 kilomètres, avec un D+ de 1140m et un D- de 1080m, offrant des vues imprenables sur tous les environs. Nous décidons de sauter cette étape, pourtant réputée comme une des plus belles de Peaks of the Balkans, pour nous rendre dans la Grebaje Valley. Si nous avons choisi de prendre cette décision, c’est que le temps nous est compté et que, bien que n’étant pas sur le parcours de Peaks of the Balkans, la Grebaje Valley (ou parfois écrite Grebaja ou Grbaja) y aurait pourtant toute sa place, tant sa beauté est immense. En outre, la météo annonce une très prochaine amélioration et nous avons de furieuses envies de photographier ces superbes montagnes dans de bonnes conditions.

De Plav, nous prenons donc un taxi pour la petite ville de Gusinje. De là, nous rejoignons le parc national de la Grebaje Valley à pied, suivant la petite route de 8km qui y mène, nous arrêtant toutes les 5 minutes pour photographier de mignons petits insectes à antennes. Les Balkans ne cessent jamais de nous étonner par la richesse de leur biodiversité ! Deborah, qui nous accompagne toujours, est aussi dingue que nous de fleurs et de nature et s’accommode  donc parfaitement de notre progression ralentie.

Sur la route entre Plav et la Grebaje Valley - Montenegro

Sur la route entre Plav et la Grebaje Valley – Montenegro

La Grebaje Valley

Carte Grebaje Valley - Eco Katum Maja KaranfiliUne barrière garde l’entrée de la Grebaje Valley. Un garde en uniforme nous fait payer le sésame du parc national : 1 €/jour/personne, plus 3€/jour pour le droit de camper. À l’entrée de la vallée, on trouve de nombreux restaurants et guesthouses, ce qui nous étonne car nous ne savions pas cet endroit si touristique.

Nous élisons domicile dans un des charmants petits chalets du dernier restaurant, le Eco Katun Maja Karanfil. Nous nous y sentons vraiment bien. On y dîne divinement pour pas cher et la vue y est franchement exceptionnelle ! Ismar, le jeune propriétaire, nous donne toutes les informations concernant les randonnées que nous pouvons faire dans les environs. Il a d’ailleurs créé une très bonne carte sur le sujet.

« Tous les sentiers de la Grebaje Valley sont très bien indiqués, nous dit-il. Nous y veillons ! Vous verrez, cet endroit est absolument magnifique ! Je ne comprends pas pourquoi il n’a pas été inclus sur le parcours officiel de Peaks of the Balkans lors de sa création… Encore des histoires de politique là-dessous, à n’en pas douter ! »

La vallée en forme de U est enserrée entre de hautes montagnes acérées, gigantesque mâchoire de loup des Balkans. Nous explorons le fond de la vallée de Grebaje, repérant les iconiques kissing cats, veillant sur les sommets. Il est vrai que cette formation rocheuse ressemble à s’y tromper à deux chats qui s’embrassent ! Puis nous arrivons au pied de la muraille, dressée par Mère Nature et la magie de la tectonique. Il nous semble être arrivés au fond d’une forteresse inexpugnable, bordées des hauts murs marquants la fin de ce monde. Nous n’avons qu’une seule envie : celle de voir de l’autre côté ! Nous nous promettons d’y remédier demain,  avant de battre précipitamment  en retraite sous les assauts d’un gigantesque orage de montagne, faisant dévaler sur les pentes raides une pluie sombre et froide.

Le soleil transperce soudain d’une lame de fer blanc les nuages bas et menaçants. Un spectacle fabuleux, témoin de la lutte des éléments. Nous passons une heure l’objectif au poing, capturant dans nos boitiers cette singulière manifestation des cieux. Le coucher de soleil n’est pas en reste. Nous entrons dans une sorte de transe contemplative tant le spectacle mouvant dont nous sommes témoins ne cesse d’embellir. Il ne faudrait pas manquer d’une seule seconde l’évolution de la lumière. Celle-ci transforme et modèle les roches abruptes, adoucissant les angles pour mieux les faire rejaillir, dorant les arrêtes saillantes pour mieux les plonger dans l’ombre, accrochant la dentelle immatérielle des nuages agiles, redessinant le paysage à chaque instant.

Quand l'orage arrive en même temps que le coucher de soleil dans les Kissing Cats, dans la Grebaje Valley - Montenegro

Quand l’orage arrive en même temps que le coucher de soleil dans les Kissing Cats, dans la Grebaje Valley – Montenegro

Les sommets de la Grebaje : Karanfili peaks et Taljanka

Le lendemain, sous un beau ciel bleu qui nous réchauffe le cœur, nous partons en direction des hauteurs de la Grebaje Valley pour une boucle de 6h passant par les crêtes des monts Taljanka et Volušnica et offrant une vue épique sur la chaîne des Karanfili.  Nous avons décidé d’aller camper là-haut, sur la crête, en amoureux, au cœur de cette nature que l’humanité ne semble jamais avoir troublé. Nous grimpons deux heures à travers les bois et les champs, sifflotant comme deux joyeux perdreaux, pour atteindre un petit col. Et au-delà…

La symphonie n°9 « Nouveau Monde » de Dvořák, ça vous dit quelque chose ? Mettez la à fond dans vos oreilles, laissez votre esprit dériver et cela vous donnera approximativement l’intensité de la vision qui nous heurte soudain de plein fouet ainsi que les émotions qui en déferlent ! « Plus spectaculaire, tu meurs ! », résume Quentin en ramassant sa mâchoire tombée par terre.

Les mots nous manquent pour décrire ce paysage grandiose. À n’en pas douter, des images parlerons mieux que toutes nos paroles bégayantes d’admiration hébétée. Nous marchons sur un petit chemin suspendu sur la crête et chaque pas nous dévoile un peu plus de beauté. Face à nous, se dresse la chaîne des Karanfili, objet de toute notre attention.

Plus loin, nous trouvons l’emplacement rêvé pour planter la tente. Nous sommes seuls dans la montagne et, abandonnant nos lourds paquetages au campement, nous courrons, volons presque, le long de la crête jusqu’au somment du Mt Taljanka (2057m), du haut duquel nous avons une vue à 360° sur les montagnes alentour.

La chaîne des Karanfili depuis les hauteurs du Mt Taljianka dans la Grebaje Valley

La chaîne des Karanfili depuis les hauteurs du Mt Taljianka dans la Grebaje Valley

De là-haut, nous voyons accourir de menaçants nuages. « Orage en vue ! », crions nous. Nous dévalons la pente à toute vitesse, risquant de nous casser la margoulette plusieurs fois, et plongeons à l’abri de notre tente juste avant que ne s’écrasent les premières gouttes. Ça tonne dur sur les Balkans. L’après-midi est imprégnée de pénombre rageuse. Le vent tourmente notre toile de tente sans parvenir à nous déloger. Les hautes herbes se plient en tous sens. On se croirait en pleine mer, plantés au sommet d’une vague immense. Nous surfons sur l’océan-Balkans prit dans la tempête. Nous ne sommes pas complètement rassurés par notre position trop exposée aux conditions. Un orage en montagne, sur une crête à 1900m ce n’est pas la meilleure des idées. Mais lorsqu’on choisi un emplacement de bivouac dans un tel panorama, il faut toujours faire un choix entre la sécurité et « Nan, c’est bon ca va aller, profitons de la vue ! »

Au bout d’une heure et demi, l’orage tombe d’un coup. « Sortons, moussaillon. », dit Mariette. C’est bien connu, la lumière post-apocalyptique est toujours la plus pure, la plus belle, contrastée à souhait, puissante, et nettoyée en profondeur par la machine à laver du ciel. Nous avons le droit à un coucher de soleil sublime sur la Grebaje Valley et les monts Karanfili sous l’épaisse couche nuageuse filant à toute berzingue à travers le ciel.

Coucher de soleil sur la Grebaje Valley et les pics de la chaîne des Karanfili

Coucher de soleil sur la Grebaje Valley et les pics de la chaîne des Karanfili

Être les seuls témoins d’un événement magique provoque toujours un sentiment inexplicable. Nous nous sentons incroyablement privilégiés tout en ayant aussi l’impression d’être de trop, imperfections disgracieuses dans un tableau trop sublime. La terre n’a nulle besoin de la présence de spectateurs pour donner chaque jour de nouveaux spectacles superbes et jamais répétés. La toile synthétique de notre tente, la lumière électrique de nos lampes de poches, le tintement métallique de nos gourdes en alu nous semblent autant d’éléments jurant avec cette nature brute et intouchée. L’air sauvage des hauts horizons fait cependant le ménage dans nos cervelles civilisées, semant un joyeux bazar dans la linéarité de nos pensées, ouvrant brutalement nos enclaves humaines sur l’immensité du monde. Est-ce cela qu’on appelle liberté ?

Coucher de soleil sur la Grebaje Valley et les pics de la chaîne des Karanfili

Coucher de soleil sur la Grebaje Valley et les pics de la chaîne des Karanfili

Nous nous levons au petit jour, qui distribue d’abord avec parcimonie ses lumières pastels. Depuis notre perchoir privilégié, nous voyons le soleil couler doucement comme du miel sur les reliefs accidentés de la Grebaje Valley. D’appétissantes nappes de nuages bas tartinent l’étendue de la vallée . Un petit vent frais fait monter vers le ciel une légère crème de brume fouettée. C’est doux ! Même l’air semble sucré !

Nous replions la tente et redescendons, attristés de devoir déjà repartir. Il est temps de quitter la Grebaje Valley et de regagner le parcours officiel de Peaks of the Balkans pour une ultime étape au cœur des montagnes. Nous retrouvons notre amie Deborah (partie à ascension d’un autre sommet pendant ce temps là) à la guesthouse Eco Katun Maja Karanfil, d’où nous prenons un taxi qui nous mènera tous trois à Vusanje, au départ de notre prochaine et dernière étape.

M. & Mme Shoes

Cet article comporte 2 commentaires
  1. Bonjour à vous deux et merci pour ce partage tout en poésie et en retenue… Cela mériterait largement un bel article dans le magazine Carnet d’aventures !

    Auriez vous prévu d’en écrire un sur le choix de votre matériel de randonnée : sac, tente etc? Avez-vous une tente à la fois très légère et efficace au niveau de l’étanchéité ?

    Merci, et au plaisir de continuer à vous lire !

    Charlotte

    PS: La Vanguard Way est très certainement prévue pour 2019 grâce à votre retour d’expérience :).

    1. Bonjour Charlotte,

      Merci beaucoup 🙂
      C’est une bonne idée pour l’article dans Carnets d’Aventures ! As tu un contact chez eux ?
      Nous avons prévu un article « pratique », qui est toujours en cours d’écriture. Dans cet article nous expliquerons comment et quand y aller, comment s’organiser, que prendre dans le sac, quelques conseils sur le tracé suite à notre propre expérience, et un peu de background historique.

      Pour répondre rapidement à ta question tout de suite, nous avions des sacs de 50L Osprey, des matelas de camping auto-gonflants, duvets assez chauds (confort à 0°C), et une tente auto-portée Marmot 3 personnes qui pèse autour de 2kg de mémoire, pas de réchaud, 1.5L d’eau chacun, le pique nique du midi, quelques changes et premiers secours. Le reste était du matériel photo/vidéo !

      P.S : Génial pour la Vanguard Way ! C’est très différent de Peaks of the Balkans, mais vous allez vous régaler 🙂

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