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L’étape du jour, depuis Te Liqueni, va nous conduire par-dessus le plus haut col de Peaks of the Balkans, nous faisant ainsi basculer du Kosovo vers le Monténégro. Les conditions météorologiques ne s’étant pas améliorées, nous prenons la décision de continuer notre route avec Deborah. Mieux vaut rester groupés en montagne lorsqu’il fait mauvais temps ! Récit d’une journée trempée en plein brouillard, au bout de laquelle nous trouverons le réconfort de la sympathique Triangle Guesthouse à Babino Polje et la chaleur de l’accueil des Balkans.

Peaks of the Balkans – Étape 6 : du restaurant Te Liqueni à Babino Polje

Peaks of the Balkans - Map - Drelaj to Babino Polje16km, 7h30, D+ 1150m, D- 1110m

Ilir, le fils d’Osman et propriétaire de la Squiponja Guesthouse, nous dépose en voiture au pied du restaurant Te Liqueni, à quelques kilomètres de Drelaj où nous avons passé la nuit. C’est d’ici que part notre étape du jour, qui nous mènera jusqu’au Monténégro. Ce transfert en voiture est recommandé afin d’éviter de marcher cette courte distance sur la route bitumée. Il y a quelques temps, il existait un sentier de randonnée entre les deux endroits, mais il n’est malheureusement plus praticable pour le moment.

Cette étape est supposément une des plus belles de Peaks of the Balkans, mais nous n’en saurons jamais rien. La météo est, une fois encore, désastreuse ! Pas de chance, vraiment. Le mois de juin est pourtant réputé être toujours au beau fixe dans la région. Nous luttons la journée entière contre les bourrasques, le froid et la pluie incessante. Nos chaussures, que nous avons eu tant de mal à faire sécher, sont détrempées en un clin d’œil. Nous avons l’impression que chacun de nos pied pèse une tonne et chacun de nos pas résonne dans la montagne.

« SLOTCH, FLOTCH, SLOTCH, FLOTCH ! », font les petons. Quelle discrétion !

Les lacs et le col de Jelenkut

Heureusement que Deborah nous garde de bonne humeur, avec son énergie débordante et son optimisme communicatif. Nous discutons beaucoup, ce qui fait passer ce moment désagréable. Car on a connu des randonnées meilleures, c’est sûr. Cela nous questionne d’ailleurs. À quoi bon cette vaine torture ? Se complaire dans l’effort est une chose, lorsque l’on a la récompense d’un paysage de rêve en contrepartie, lorsque notre immersion dans la nature nous apaise l’âme. Mais il n’y a pas de vue aujourd’hui, pas de récompense pour l’effort, pour la morsure du froid, pour la plainte des genoux que nous seuls avons choisis de nous infliger. Sommes-nous fous ? Quelle force nous pousse ? C’est absurde, absurde, absurde !

Dans la montée, deux points verts crèvent le paysage morne et bouché. Ce sont deux lacs, d’abord le joli lac Kuçishtës, puis un plus petit, le lac Mahde. On dirait d’avides bouches buvant l’eau du ciel. Les reflets des conifères dans l’eau sombre forment comme autant de dents pointues. C’est joli, cela semble immuable. L’ambiance du lieu nous touche, agrémentée de plic et ploc et plic, petite musique humide. Nous faisons bien attention où nous posons les pieds, à cause des escargots.

Lac Mahde. Entre Drelaj et Banibo Polje - Peaks of the Balkans

Lac Mahde. Entre Drelaj et Banibo Polje – Peaks of the Balkans

Puis nous arrivons au col de Jelenkut, où nous découvrons la vue spectaculaire tant attendue. Spectaculaire, ça l’est. Spectaculairement invisible ! Faire face à un mur blanc fraîchement peint provoquerait probablement le même effet. Ça nous fait bien marrer. Rire, ça ravigote, ça réchauffe. On en avait besoin. Nous immortalisons cette « vue » extraordinaire en photo avant d’entamer notre descente.

Nous arrivons à Babino Polje dans les temps impartis et sans nous être perdus une seule fois ! Wouhou ! Cela, au moins, est une vraie réussite. Évidemment, nous attribuons ce succès à la seule présence de Deborah, car c’est la première fois que cela nous arrive depuis le début de notre aventure ! Il faut dire, pour notre décharge, que la dame est une vraie machine. Ancienne championne  internationale d’hyper-trail, adepte de canyoning de l’extrême, il n’y a pas grand-chose qui puisse arrêter cette sexagénaire et cette randonnée sur Peaks of the Balkans s’apparente, pour elle, à une banale promenade de santé !

Sur le col de Jelenkut, pas mal la vue non ? - Peaks of the Balkans

Sur le col de Jelenkut, pas mal la vue non ? – Peaks of the Balkans

Babino Polje et la Triangle Woodhouse

Nous prenons quartier à la Triangle Woodhouse, pour boire la bière de la victoire. Les deux frères Agron et Armend Alija nous accueillent, ainsi que leurs familles. Il y a du monde à la guesthouse ce soir ! Nous partageons le chalet avec une famille d’australiens et Elion, leur guide albanais, un jeune homme passionné d’escalade avec qui nous nous lions d’amitié.

Agron et Armend ont à cœur de faire partager leur culture. Ils étaient là lors de la création du trek et pour eux, la chose est claire : Peaks of the Balkans doit être un vecteur de partage et de transmission des cultures, à double sens. D’un côté, les habitants peuvent raconter fièrement leurs traditions, leur histoire, leur savoir aux visiteurs qui passent, revalorisant ainsi cet héritage, ce patrimoine, aux yeux des plus jeunes générations. De l’autre, les randonneurs étrangers apportent des nouvelles de l’extérieur, et participent à l’ouverture d’esprit des habitants, ainsi qu’à leur culture car ils peuvent ainsi apprendre plusieurs langues.

« Et les retombées économiques d’un tel projet sont aussi excellentes pour la communauté, dit Agron. La nourriture que j’achète, je l’achète à mes voisins immédiats. Les légumes viennent de leur potager. Le fromage, de leurs bêtes. Le niveau de vie augmente pour tout le monde, et les randonneurs mangent une nourriture locale et biologique. C’est formidable !

Il faut cependant garder cela sous contrôle, et ce n’est pas facile, avec les gouvernements des trois pays qui ne parviennent pas à s’organiser. L’écotourisme est une bonne chose par beaucoup d’aspects, mais nous devons réfléchir à tous les impacts. Le nombre de randonneurs augmente chaque année et, par exemple, nous n’avons pas de tout à l’égout, ni de ramassage des ordures ici. Comment faire ? J’essaie de mon côté d’organiser un recyclage systématique et descend chaque jour en ville pour y jeter les déchets. Mais combien n’ont pas encore pleinement conscience de ce problème ? Il faut à tout prix préserver la montagne que nous aimons. Car elle est unique, vous savez ! »

Triangle Woodhouse - Babino Polje - Peaks of the Balkans

Triangle Woodhouse – Babino Polje – Peaks of the Balkans

Unique, elle l’est en effet. C’est vrai que nous n’avons connu que peu d’endroits aussi préservés, aussi sauvages et aussi beaux. Mais le monde avance et change, on ne sait encore vers quelle direction. Aujourd’hui, par exemple, est un jour particulier pour la Triangle Guesthouse. C’est le premier jour où l’on capte Internet !

Cela va tout changer ! dit Agron. Nous sommes connectés, maintenant !
– Tout changer ? Mais comment ?
– Je ne sais pas encore,
répond Agron en regardant ses fillettes jouer près de lui. Mais il faut que je pense à leur avenir aussi !

Soucieuse de nous faire connaître l’expérience de Peaks of the Balkans jusqu’au bout, la famille Alija nous orchestre un diner aux petits oignons. La présentation des plats est superbe, chaque recette étant brillamment expliquée par Agron. Les plats, cuits au feu de bois, sont délicieux.  C’est décidément une soirée très riche que nous passons au sein de cette adorable famille.

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